Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience sur le site

Gérer son temps : le coût caché de l’impatience

Publié le

Le Temps c’est de l’Argent ?

« Le temps, c’est de l’argent », que veut dire cette expression ressassée ? Que les deux seraient la même chose ?

C’est ce que l’on peut croire, avec l’objectif affiché dans les milieux managériaux de (mieux) gérer son temps, comme un banquier vous recommanderait de mieux gérer votre argent.

Or, même si ces deux ressources partagent des points communs, elles n’en ont pas moins des différences.

Pour les similarités, nous sommes dans les deux cas en présence de ressources limitées : pas assez de temps pour tout faire, pas assez d’argent pour tous les projets. On comprend alors bien la notion de gestion, qui devrait plutôt comprise au sens d’allocation : où cela vaut-il mieux que j’alloue mes ressources limitées ?

 

  • L’allocation d’argent, pour l’idéologie libérale, doit se faire vers le projet le plus rentable. Voilà qui pose déjà la question d’une mesure correcte de la rentabilité globale.
    Mais quid de l’allocation du temps ? Le choix devrait-il se porter sur les tâches les plus prioritaires, ou les plus urgentes, ou encore les plus efficaces ?

 

  • Pour faire des choix de priorités, il faut donc se poser la question du critère d’allocation du temps.
    Mais ce n’est pas tout : il s’agit de vérifier qu’il est partagé par tous au sein d’une même organisation.
    En effet, à quoi sert de se focaliser sur les tâches importantes si je me rends compte que mon Important n’est pas le même que celui de mon supérieur hiérarchique ?

 

Mais le temps ne se gère pas…

 

Passons maintenant aux différences, car « le temps, ce n’est pas tout à fait de l’argent ». Par exemple, le temps ne se gère pas, contrairement à l’argent. Il y a au moins deux différences majeures qui font que le terme « gestion du temps » est une gageure.

 

  • Premièrement, le temps est une dimension, qui s’écoule régulièrement, qui est irrattrapable, et non stockable. Même le langage s’y met : on parle de gagner du temps – alors que gagner du temps, c’est en fait rallonger des délais – ce que les anglo-saxons traduisent même par acheter du temps ! (buy some time).

 

  • Deuxièmement, et toujours dans la même ligne de pensée, on ne peut pas se mettre « en découvert de temps » ou en emprunter.
    Quand un anglo-saxon demande à vous emprunter du temps, un francophone demande « je peux te prendre  5 minutes ? ».  Ce qui montre bien le caractère inéluctable de la perte que l’on aura eue, d’autant plus que ces prétendues 5 minutes seront plutôt 15mn en réalité…

Ce paradigme « Temps = Argent » véhicule des valeurs qui sont autant de fausses routes

 

  • D’abord, certaines organisation font une focalisation sur la quantification (« à combien de mails ai-je répondu »), ce qui conduit beaucoup de personnes à confondre « être occupé » avec « être efficace ».

 

  • Dans d’autres environnements, on se préoccupe avant tout de mesure de rentabilité, avec des oxymores comme la notion de « temps utile ».
    Par temps utile, on entend le temps consacré à la production, car tout temps consacré à autre chose (formation, veille, réflexion stratégique) sera considéré comme moins important, puisque moins contributif à la tyrannie des résultats immédiats.
    Les systèmes de mesure actuels en portent aussi la marque. Dans beaucoup d’entreprises, des managers opérationnels déplorent de devoir passer autant de temps à remplir des tableaux de suivi, au détriment de la conduite ou du développement de leur activité.

 

En conclusion, il y a derrière tous ces comportements une logique, voire un fantasme, d’optimisation universelle :
« Il doit bien y avoir une manière idéale, un système optimal, pour allouer mon temps et celui de mes collaborateurs, pour que chaque minute soit employée » .

Le temps ne se gère pas, il se vit !

Trop souvent encore, la manière de juger de l’efficacité de nos collaborateurs repose sur le temps.
Comptez par exemple le nombre d’entreprises que vous connaissez où il n’est pas bien vu de partir tôt ? Ou bien à l’inverse, listez les rares entreprises qui encouragent réellement le télétravail, c’est-à-dire celles qui ont pris le temps de reconsidérer leur relation à notre travail ?
Car autant le temps passé en entreprise est un temps contrôlable, autant le temps passé hors de l’entreprise est source de méfiance et de jalousies…

Enfin, ce temps – pour lequel les entreprises nous paient – est en train de changer de qualité.
La rapidité des échanges (électroniques notamment) a tellement augmenté au cours des deux dernières décennies que notre relation à l’agenda a changé. Certes, une seconde vaut toujours le même nombre d’oscillations d’un atome de Césium qu’il y a 20 ans, mais notre relation à cette seconde, ou à ses 60 sœurs qui forment une minute, a évolué dans le sens d’une accélération.

Nous connaissons tous ce syndrome qui nous frappe quand nous avons envoyé un mail important : nous aimerions avoir une réponse dans la minute… Et nos chefs, leurs dirigeants, et tous les décideurs, vivent probablement ce même syndrome, mais de manière amplifiée. Pour les satisfaire, il faudrait répondre instantanément.

 

Ainsi, face à une demande de « apprenez-nous à mieux gérer notre temps« , nous proposons de plus en plus souvent de travailler aussi sur la gestion de l’impatience – notamment celle des autres…