Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience sur le site

Devenir entrepreneur, du mythe à la réalité…

Publié le

Le témoignage de Marion Berche,  cofondatrice de l’agence BaladEnigm Events

Sciences-Po, Mastère en école de commerce, 10 ans d’expérience salariée principalement dans l’événementiel… et puis, un jour, j’ai sauté le pas. Il y a 7 ans, avec mon frère Jean-Patrice, nous avons eu envie de créer ensemble notre agence événementielle**. Au fil des ans, j’ai eu l’occasion de commencer à toucher du doigt la réalité de l’entrepreneuriat, parfois bien éloignée du « story-telling ». C’est ce retour d’expérience que j’ai eu envie de partager !

On peut créer son entreprise pour devenir riche (bon courage…), pour épater ses amis (ça n’aura qu’un temps…), ou pour mille autres raisons. Mais sans l’envie profonde d’entreprendre, de construire, rien n’est possible ! Elle n’est évidemment pas un gage de réussite, mais c’est ce qui permettra, par exemple, de garder la foi dans les périodes difficiles.

Dans mon cas, un autre élément a également été décisif, au regard de mon expérience professionnelle antérieure : je voulais être en situation de prendre moi-même les décisions. Avec un leitmotiv parfaitement lucide : « on ira peut-être dans le mur, mais au moins, c’est nous qui aurons choisi d’y aller ! »

« Il n’y a pas de « bon moment » dans l’absolu, seulement que l’on sent »

Une des premières questions que l’on se pose avant de sauter le pas est de savoir quel est le moment le plus propice. Nous nous sommes lancés à respectivement 40 et 30 ans (et, par-dessus le marché, j’attendais mon premier enfant). Bon nombre de start-ups sont créées par des étudiants, certains seniors s’y mettent aussi en approchant de la retraite… Il n’y a pas de « bon moment » dans l’absolu, seulement que l’on sent. Et, surtout, il y a toujours beaucoup de raisons de ne pas se lancer. La prise de risque est évidente, et la peur est parfaitement rationnelle. À ce titre, entreprendre à plusieurs est souvent plus facile : l’angoisse est moins grande, le soutien de l’autre est important dans les moments de doute ! Mais quitte à s’associer, attention à privilégier (idéalement) la complémentarité des profils : Jean-Patrice et moi sommes plutôt du genre « interchangeables ». L’avantage, c’est qu’on se comprend très bien et que tout est fluide. L’inconvénient, c’est qu’on ne se challenge pas beaucoup mutuellement… Au final, on aurait probablement gagné du temps si on avait été moins souvent d’accord, quitte à avoir un quotidien un peu plus rock’n’roll !

Une croyance largement répandue est celle selon laquelle pour se lancer dans la libre entreprise il faut avoir une idée géniale. En réalité cela n’est pas forcément nécessaire. Une idée originale, c’est une innovation sur un marché incertain. Imiter (et adapter en se différenciant) une idée qui marche, c’est avoir de la concurrence, certes, mais sur un marché identifié… Un bon conseil à retenir : « mieux vaut imiter un winner qu’inventer sa propre loose ! » Si l’idée révolutionnaire n’est pas indispensable, en revanche, bien penser son modèle économique l’est ! Comment on recrute ses clients, quelle récurrence ont-ils, quelle marge peut-on dégager… Et il ne suffira pas de le définir une fois pour toutes : il faudra surtout être capable de s’adapter en permanence, et de s’adapter vite…

Le statut d’entrepreneur présente des avantages évidents : la liberté, l’autonomie… Mais le revers de la médaille est bien réel aussi : il faut s’habituer au manque de visibilité sur les revenus et aux rentrées d’argent irrégulières, à la fois pour le chiffre d’affaires et pour ses revenus personnels (non, on ne devient pas riche en 6 mois…). Autre constat : on est entrepreneur jour et nuit, 7 jours sur 7 et 365 jours par an. Vacances, j’oublie tout ? Même pas en rêve… Et si l’on n’a effectivement plus de supérieur hiérarchique, on a beaucoup d’autres pressions : créanciers, clients, actionnaires, partenaires… Tous vont vous demander de rendre des comptes. De quoi regretter, pour certains, leur ancien chef de service… Autre point important : la solitude de l’entrepreneur est une réalité, même si elle est plus douce à supporter quand on entreprend à plusieurs. Dans tous les cas, il est vital de bénéficier du soutien indéfectible de son entourage proche (conjoints, parents…) : ils vont vous supporter (à tous les sens du terme) au quotidien.

« Être capable de se remettre en question régulièrement, et c’est parfois douloureux ! »

De façon très prosaïque, être entrepreneur, c’est être au four et au moulin. Il faut réfléchir à sa stratégie, définir son business model… et aussi commander les fournitures ou changer les cartouches de l’imprimante. Il ne faut pas avoir peur de mettre les mains dans le cambouis, et ce n’est pas toujours évident quand on a connu le confort d’un grand groupe… Pour être entrepreneur, il faut surtout être capable de se remettre en question régulièrement, et c’est parfois douloureux ! Il est aussi essentiel de bien se connaître, sans complaisance : savoir identifier ses points forts pour les cultiver et capitaliser dessus, mais aussi être bien conscient de ses faiblesses pour essayer de s’améliorer ou de se faire aider, même si on est seul à la barre. Réseaux de créateurs d’entreprises, co-développement, accélérateurs… Nombreuses sont les structures, formelles ou pas, qui peuvent vous accompagner : ne vous en privez pas ! On est plus intelligents à plusieurs…

La vie de l’entrepreneur, c’est aussi être simultanément dans un sprint permanent et dans une course de fond. Et, même si c’est passionnant et qu’on n’a pas l’impression de travailler, c’est aussi très éreintant. Fini le blues du dimanche soir, parce que le dimanche a vite fait de devenir un jour comme un autre ! Essayer de prendre un peu d’air, c’est toujours bénéfique pour laisser décanter les (nombreuses) idées que l’on a, et voir plus loin que la ligne d’arrivée du sprint. Et puis, il faut se préparer à échouer. Et le système français (scolaire, universitaire…) n’ayant pas trop valorisé l’échec comme moyen de progresser, mieux vaut vous y préparer pour le jour où vous en serez à retravailler la version 42 de votre business plan…

A bien y réfléchir, pour bien démarrer son entreprise il faut se concentrer sur 3 axes :

  • D’abord, les clients et les commandes. Passer trop de temps à peaufiner le produit avant d’aller le confronter aux clients est une erreur fréquente (et que nous avons faite). Reid Hoffman (co-fondateur de LinkedIn) a dit “Si vous n’avez pas honte de votre produit, c’est que vous l’avez sorti trop tard” : on teste, on commercialise avec des produits imparfaits, et on affine après. L’objectif numéro 1 de l’entrepreneur, c’est d’avoir des clients (et pas des investisseurs, qui ne sont qu’un moyen pour y parvenir…).
  • Ensuite, la trésorerie, qu’il vaut mieux anticiper pour s’éviter quelques sueurs froides en fin de mois. Ce n’est pas la partie la plus fun, mais c’est le nerf de la guerre. Les problèmes de trésorerie sont la principale source de dépôt de bilan dans les 5 premières années d’une entreprise.
  • Enfin, il faut déterminer très rapidement sa rentabilité par rapport à sa structure de coûts. Et ne pas hésiter à s’y repencher régulièrement, les paramètres évoluent… Gardez bien en tête que votre business plan initial, pour indispensable qu’il soit, sera toujours trop optimiste, même si vous avez l’impression d’avoir pris toutes les précautions du monde.

Mais en guise de conclusion, disons-le ! Malgré un tableau loin des success stories idylliques, ni Jean-Patrice ni moi ne regrettons une seule seconde d’avoir fait ce pari. En entreprenant, on se sent vivant… même quand ça picote ! D’ailleurs, chacun de nous a fait le choix de se lancer dans d’autres aventures entrepreneuriales depuis, en parallèle de BaladEnigm Events… C’est plutôt bon signe, non ?

Marion BERCHE

BaladEnigm Events

** BaladEnigm Events est une agence événementielle spécialisée dans l’organisation d’événements ludiques à destination des entreprises et collectivités. Elle intervient sur des problématiques RH comme le team-building, l’onboarding (pour le groupe Jacadi, par exemple) et même le recrutement (pour une grande banque), mais également sur des enjeux de communication et de valorisation du patrimoine (comme avec la Chasse aux Trésors de la Ville de Paris). www.baladenigmevents.com